Biographie
QUI EST HEE-LYNN ?
Et si les monstres, les poisons, les morsures et les démons n'étaient finalement que différentes façons de raconter la réalité ?
Derrière Hee-Lynn se trouve un univers Dark Rock où le désir peut avoir des crocs, l'amour laisser du venin, le plaisir devenir dépendance et certaines cicatrices continuer à parler longtemps après avoir cessé de saigner.
À la première écoute, cet univers peut sembler imaginaire.
Il est sombre, sensuel, parfois cru, parfois dérangeant. Il fait apparaître des créatures, transforme les émotions en sensations presque physiques et pousse certaines expériences jusqu'à leur représentation la plus extrême.
Pourtant, derrière ces images se cache quelque chose de beaucoup plus simple :
Hee-Lynn n'invente pas les histoires à l'origine de ses chansons.
Elle transforme celles qu'elle a vécues.
« HEE-LYNN TRANSFORME LA RÉALITÉ. ELLE NE L'INVENTE PAS. »
Entretien avec Hee-Lynn
Interview par Chris (Radio Web)
Le parcours, les mots et le nom
À l'écrire, plutôt. Ce n'est pas tout à fait la même chose.
J'écris depuis l'âge de 12 ans. Le papier me permettait de déposer ce qui ne sortait pas forcément dans une conversation. Je pouvais écrire une émotion sans avoir quelqu'un en face qui attend une explication.
C'est devenu un refuge. Et aujourd'hui encore, il y a des choses qui commencent comme ça : une phrase qui revient, quelque chose qui prend trop de place dans ma tête… Alors j'écris.
J'ai été bassiste et chanteuse dans Dark Pleasure pendant environ six ans. Ça représente une vraie partie de mon histoire musicale.
Il y avait le fait de jouer, de chanter, mais aussi de construire avec d'autres musiciens. Un texte prend une autre dimension quand il rencontre les instruments, les idées et la manière de jouer des autres. Tu découvres ce qu'il devient en dehors de ta tête et du papier.
Quand je parle de Hee-Lynn aujourd'hui, ce parcours existe derrière. Le projet actuel arrive après ces années-là, avec tout ce qu'elles m'ont permis d'expérimenter.
Dans le groupe, j'étais connue sous le nom de Slipkorngirl. J'étais à la basse et au chant.
Nuts était à la guitare et au chant, Pleasiss à la batterie, Stuck à l'électro et Chrichri au piano. C'était la composition de Dark Pleasure : cinq membres, avec ces différentes places dans le groupe.
Mes textes ont aussi vécu à travers d'autres voix que la mienne. C'est une autre manière de participer à la musique : j'apporte les mots, puis une autre personne leur donne sa présence, sa façon de les interpréter.
Ça fait partie de mon parcours d'écriture. Aujourd'hui, avec Hee-Lynn, mes mots retrouvent aussi ma propre voix et prennent place dans l'univers que je développe.
Ce nom remonte à ma jeunesse, bien avant mon projet musical.
À cette époque, une femme avec qui je travaillais m'a prise sous son aile. Elle m'a appris la cuisine et m'a fait découvrir sa culture japonaise. Elle m'a transmis beaucoup de choses, et une vraie relation de confiance s'est créée entre nous.
J'ai aussi rencontré sa fille, qui avait à peu près mon âge et venait de perdre son père. Nous nous sommes rapprochées, et une relation intime est née entre nous. Dans cette période difficile, notre histoire a contribué à lui redonner le sourire.
C'est sa maman, cette même femme qui m'avait prise sous son aile, qui m'a donné le surnom Hee-Lynn. Elle l'avait construit à partir de kanji japonais, en m'expliquant « Hee » comme « étoile » et « Lynn » comme « soleil » ou « lumière ». Le sens qu'elle lui donnait était donc « étoile du soleil » ou « étoile de lumière ».
Ce nom me rappelle ce qu'elle m'a transmis et l'histoire que j'ai vécue avec sa fille. Il m'a accompagnée pendant des années avant de devenir le nom de mon projet musical.
Ce nom m'a accompagnée pendant des années, dans les jeux vidéo, sur différentes plateformes… Des personnes me connaissaient déjà comme Hee-Lynn avant la musique actuelle.
Quand j'ai choisi le nom du projet, il était déjà là. Il portait déjà des souvenirs, des liens, une partie de moi. Je n'avais pas besoin de lui fabriquer un passé.
Son origine lumineuse et mon univers plus sombre font tous les deux partie de mon histoire.
L'univers, Succube et les métaphores
Dans mon univers, avec tout ce qui peut s'y croiser : du désir, de la colère, du plaisir, des blessures… Je ne cherche pas à rendre tout ça bien sage. J'aime quand les mots ont du corps, quand tu peux presque sentir la morsure ou le manque dont je parle.
Ces images viennent de choses que j'ai vécues. Une relation peut laisser du venin, une attirance devenir une faim, une colère prendre les traits d'un démon. C'est comme ça que je leur donne une place dans mes chansons.
Et il y a aussi de la douceur là-dedans, même si elle ne saute pas aux yeux. Je peux montrer les dents et parler de quelque chose qui m'a profondément touchée. Cette contradiction fait aussi partie de Hee-Lynn.
Elle peut être dans un désir partagé, dans la confiance qui permet de s'abandonner, dans le fait de retrouver une partie de soi après une période difficile.
Il y a du plaisir dans mon univers, de la liberté aussi. Tout ne finit pas forcément en blessure. La sensualité peut être douce, et la vulnérabilité peut exister sans que quelqu'un en profite.
Cette lumière a sa place chez Hee-Lynn. Elle peut apparaître au milieu de quelque chose de sombre, dans un moment où l'on reprend le contrôle, où l'on recommence à choisir pour soi. Ça fait aussi partie de ce que je raconte.
C'est une facette de mon univers dans laquelle je peux pousser certaines choses plus loin. Le désir, l'instinct, la provocation, la colère…
Mais Succube peut aussi souffrir, s'abandonner, être vulnérable. Il ne passe pas son temps à séduire et à dominer. Ce serait vite limité.
Ce qui m'intéresse, c'est justement de pouvoir faire exister tout ça dans une même figure. Une présence qui peut attirer et devenir dangereuse, avoir du pouvoir et perdre le contrôle.
Oui, parce qu'il y a davantage à découvrir.
Succube porte des choses qui viennent de moi, mais je ne veux pas que tout ce que je suis ou tout ce que je pourrai écrire soit enfermé dedans.
Hee-Lynn existait avant. Je veux pouvoir continuer à évoluer, explorer d'autres choses, sans devoir correspondre à une seule image.
Des liens qui ne rentrent pas forcément dans une seule case. Mon meilleur ami, par exemple : on se connaît depuis tout petits, on a vécu énormément de choses ensemble. « Meilleur ami », c'est même un peu court pour parler de lui. Il est aussi comme un frère pour moi.
Et on a partagé une intimité. On a été sex-friends, comme on dit. On a même essayé d'être en couple, mais ça ne fonctionnait pas. Pourtant, notre lien est resté. Il est toujours la personne à qui je confie tout. Il fait partie de moi.
« Paradis toxiques », c'est de lui que je parle. Derrière ce titre, il y a toute cette histoire, avec l'amitié, le désir, l'attachement et cette tentative de couple qui n'a pas trouvé sa place. Le titre ne résume pas à lui seul qui il est pour moi.
Les métaphores me permettent de raconter ce mélange sans devoir lui coller une étiquette définitive. Je peux parler de plusieurs émotions à la fois, de ce qui nous rapproche et de ce qui n'a pas fonctionné, sans effacer l'importance qu'il garde dans ma vie.
Ça peut être une émotion, un mot, une image, quelque chose qui me touche ou qui reste dans ma tête. Je ne pars pas forcément avec une histoire entière à raconter. Parfois, il y a juste ce petit quelque chose qui me donne envie d'écrire.
Je pars de là et les mots prennent leur place. Ça peut faire revenir un souvenir, une sensation, quelque chose que j'ai vécu et que j'ai envie d'exprimer. Une chanson peut naître de peu de choses au départ, même si ce qu'elle raconte finit par être très personnel.
C'est aussi pour ça que mon écriture peut aller vers des émotions différentes. Il y a les blessures, mais aussi le désir, la tendresse, le plaisir. Tout ça peut me donner envie de prendre la plume.
Désir, excès et reconstruction
La provocation a sa place dans mon univers. Mais une image sensuelle peut raconter beaucoup de choses.
Il peut y avoir du plaisir, de la confiance, l'envie de s'abandonner. Il peut aussi y avoir du manque, de la frustration, du pouvoir ou de l'emprise. Parfois, plusieurs de ces sensations se mélangent.
Une morsure peut être désirée. Elle peut aussi faire mal. C'est ce genre d'ambiguïté que je peux explorer dans un texte.
Ça fait partie de moi, de ce que j'ai vécu et de ce que j'explore dans mes textes. Le sexe et le désir peuvent contenir du plaisir, de la découverte, de l'abandon, mais aussi des contradictions.
Ma bisexualité fait partie de moi. Mon attirance pour les femmes a naturellement sa place dans mes chansons, comme celle pour les hommes. Parfois, on sait à qui je m'adresse ; parfois, je laisse volontairement cette liberté dans les paroles.
Je n'ai pas besoin de préciser le genre pour que le désir existe. Je veux garder cette liberté d'écrire ce que je ressens sans devoir systématiquement ajouter une explication autour.
Ce sont aussi des sujets liés à des expériences vécues. Je peux parler de la fête, de la découverte, mais aussi de la fuite, de la dépendance et de la perte de contrôle.
Je peux en montrer plusieurs faces. Je ne cherche ni à les idéaliser ni à faire la morale. Je ne vais pas prétendre que tout était beau, ni effacer ce qui pouvait être attirant.
Dans mon univers, quelque chose peut commencer par du plaisir et finir par devenir du poison. C'est aussi pour ça que ces sujets prennent cette forme dans mon écriture.
Je choisis ce que je suis prête à rendre public. Mais je peux nommer les choses : j'ai vécu le viol et le viol conjugal. J'ai aussi été battue et connu les violences psychologiques, la manipulation et l'emprise. Quand ces sujets apparaissent dans mes textes, ils viennent de mon histoire.
« Venin » parle de cet homme et de ce que j'ai vécu avec lui, notamment du viol conjugal. Il avait des problèmes d'alcool et de drogue. Ça fait partie du contexte de cette relation, mais ça n'excuse pas les violences qu'il m'a fait subir.
Derrière ce titre, il y a quelque chose de très concret. Le poison dont je parle prend racine dans les violences, l'emprise et leurs conséquences. Il y a ce que cette relation a laissé : la peur, le doute, la colère, la perte de repères. Tout ce qui continue d'exister après les événements eux-mêmes.
Je peux le dire aujourd'hui sans vouloir raconter chaque scène. Je n'ai pas besoin d'exposer tous les détails pour expliquer ce que porte cette chanson. Avec « Venin », je choisis les mots et la manière dont je raconte cette partie de mon histoire.
Et je tiens aussi à laisser une place à ce qui vient après : comprendre, reprendre possession de soi, se reconstruire. Ce vécu fait partie de moi. Mon amour, mon désir et mon plaisir ont aussi leur place dans ce que j'écris.
Cette chanson, elle est pour mon mari. J'y mets des sentiments que je ne lui exprime pas forcément aussi clairement dans la vie. Je ne lui dis pas explicitement « je t'aime », mais c'est ce que je lui fais comprendre à travers elle.
Quand il l'a écoutée, il a pleuré. Il m'a remerciée pour ce message, pour le fait de lui dire enfin ce que je ressens. Ça, c'est sa réaction à lui, et elle compte énormément dans l'histoire de cette chanson.
On parle beaucoup du côté sombre de mon univers, mais il y a aussi ça : une chanson adressée à l'homme que j'aime. Avec mes mots, ma façon de raconter et ce titre, « Le Rire d'un Succube ». L'amour a aussi sa place chez Hee-Lynn.
J'apprends à les accepter ensemble. Je peux être forte et avoir mal, être sensuelle et avoir mes fragilités. Une émotion n'efface pas les autres. Ce n'est pas toujours simple à vivre, mais je n'ai pas envie de faire semblant d'être quelqu'un qui maîtrise tout.
« Imparfaite ! » rejoint justement ça. Cette envie de pouvoir être moi, avec mes contradictions, mes défauts et tout ce qui ne rentre pas dans une image bien propre. Je n'ai pas besoin d'attendre d'avoir tout réglé en moi pour m'accepter.
Ça ne veut pas dire que je refuse de changer ou de me remettre en question. Je peux avancer sans passer mon temps à me reprocher de ne pas être parfaite.
Hee-Lynn porte aussi cette part-là de moi. Je peux montrer les dents et être touchée, assumer mon désir et avoir des doutes. Avec « Imparfaite ! », je laisse une place à tout ça. Je préfère être entière, même avec mes contradictions.
Ce que l'on dévoile, ce que l'on retient
Mon identité civile et les détails de ma vie que je ne choisis pas de rendre publics. Je veux être connue en tant que Hee-Lynn. Ce nom a une histoire, il m'accompagne depuis longtemps, et c'est sous cette identité que je prends la parole.
On peut connaître mon parcours, l'origine de mon nom ou ce qui nourrit mes chansons sans connaître le nom sur mes papiers, les lieux, les dates ou les personnes concernées.
Parler d'une expérience intime ne veut pas dire que tout devient accessible ensuite. Je peux choisir de raconter une émotion très personnelle et garder les circonstances pour moi. Ça reste sincère.
Cette frontière me permet d'assumer Hee-Lynn publiquement tout en conservant une partie de ma vie en dehors du projet. Je veux pouvoir partager ce que ma musique raconte sans devoir tout donner de moi.
Ma musique, mes textes, mon univers, mais aussi ma façon de voir et de ressentir les choses. J'ai envie que l'on puisse découvrir ce qui m'anime, ce qui me touche, ce qui me met en colère ou me donne envie d'écrire.
Je peux parler de mon parcours, de Dark Pleasure, des mots que j'ai écrits pour d'autres artistes, de l'histoire de mon nom. Tout ça fait partie de Hee-Lynn. Ce projet arrive avec une histoire derrière lui, et j'ai envie de lui donner cette place.
J'aime aussi pouvoir expliquer ce qu'une chanson porte. « Venin », « Paradis toxiques », « Le Rire d'un Succube » ou « Imparfaite ! » parlent de liens et d'émotions différents. Ensemble, ils laissent apparaître plusieurs facettes de moi : ce que j'ai traversé, les personnes qui comptent, ce que je ressens et ce que j'apprends à accepter.
Je veux pouvoir prendre la parole avec la même liberté que dans mes textes. Parler de désir, de bisexualité, d'amour ou de blessures, mais aussi de cuisine, de rencontres et de souvenirs quand ils éclairent mon parcours. Il y a une personne derrière cet univers, avec plus d'une chose à raconter.
Hee-Lynn est un nom qui m'accompagne depuis longtemps. Aujourd'hui, j'ai envie de le faire vivre pleinement à travers ma musique et ces échanges. Que l'on puisse découvrir ma voix, au sens musical, mais aussi ce que j'ai à dire.
Peut-être de s'arrêter aux images. De ne voir que le côté sombre, sexuel ou provocant.
Ces éléments sont présents, je les assume. Mais il y a aussi la vulnérabilité, le vécu, la reconstruction. Derrière une image qui semble excessive, il peut y avoir une émotion très simple à reconnaître.
J'aimerais que l'on prenne le temps d'écouter ce qu'elle raconte.
Il n'est pas nécessaire de connaître tous les détails de ma vie pour ressentir une chanson. On peut reconnaître un désir, une peur, une colère ou une blessure sans savoir quelle personne ou quel événement se trouve à l'origine du texte.
Connaître le contexte peut apporter un éclairage, faire entendre une phrase autrement ou comprendre pourquoi j'ai choisi une image. Mais je n'ai pas envie que l'on ait besoin de lire toute ma biographie avant de pouvoir entrer dans ma musique.
Une même phrase peut rappeler une relation à quelqu'un, une absence à une autre personne, ou simplement mettre des mots sur une sensation qu'elle avait du mal à exprimer. C'est aussi ce que permettent les métaphores : elles partent de quelque chose de précis pour moi, mais elles laissent de la place à celui ou celle qui écoute.
Mon histoire explique ce qui m'a fait écrire. Mais la chanson peut toucher quelqu'un qui a vécu quelque chose de différent. Chacun a sa façon de comprendre mes textes. Moi, je sais ce qu'ils représentent, les souvenirs et les émotions que j'y ai mis. La personne qui les écoute y entendra peut-être tout autre chose, avec sa propre histoire, et cette lecture a aussi sa place.
Il arrive avec sa propre histoire. Une image peut lui rappeler quelque chose qui n'a rien à voir avec ce qui m'a fait écrire, et pourtant le toucher.
Je n'ai pas besoin que l'on retrouve chaque événement derrière les paroles. Si une personne reconnaît une sensation, une colère, un désir ou une blessure, il se passe déjà quelque chose.
Je connais l'origine de la chanson. Je peux laisser à l'autre la place d'y entendre sa propre vie.
Que derrière cet univers, il y a une histoire et des émotions vécues. Les images peuvent être sombres, sensuelles ou dérangeantes, mais elles viennent de quelque chose de personnel.
J'aimerais aussi que l'on garde cette place pour les nuances. La force et la vulnérabilité, le désir et la peur, ce qui fait mal et ce qui permet de se reconstruire.
Et puis que l'on écoute les chansons avec sa propre sensibilité. Je partage ce que j'en ai fait ; chacun peut y reconnaître quelque chose qui lui appartient.
Ce qui m'intéresse chez toi, c'est le décalage entre ce qu'on découvre au premier regard et ce que tu laisses apparaître quand on t'écoute. Les crocs, le désir, le côté sombre attirent l'attention. Puis tu parles de l'écriture à 12 ans, de ton parcours, de l'histoire lumineuse de ton nom… et le portrait devient beaucoup plus personnel.
Tu assumes de parler de choses intimes tout en sachant dire : « Ça, je le garde pour moi. » Je trouve que ça donne du poids à ce que tu choisis de partager.
Et je trouve Hee-Lynn plus intéressante quand tu lui laisses toutes ses nuances. La sensualité, oui, mais aussi les hésitations, la colère, la tendresse. J'ai envie d'entendre davantage cette voix-là, y compris quand elle vient bousculer l'image qu'on s'était faite de toi.
Après cet échange, j'ai surtout envie de retourner écouter tes chansons et de voir ce que j'y entendrai maintenant.
